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Ludivine Watbled

Ces articles et ces podcasts sont pour vous. Les textes écrits et oraux proposés ont pour but de conduire à la réflexion (et non à une vérité unique car elle est différente pour chacun d’entre nous). Nos expériences réelles permettent de grandir. Les expériences de vie décrites dans les livres et dans les musiques peuvent apporter un nouvel éclairage et participer au progrès. Ainsi, au fil de la plume, je vais tenter de vous conduire dans divers sentiers de la vie. Ces écrits sont issus de mes expériences, de mes rencontres, de mes réflexions mêlées à celles d’auteurs et d’extraits d’écrivains éclairants. 

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Interprétation et musique « Just like the others » : VesperVox, www.oxygenartstudio.com                                            Ecriture : Ludivine Watbled

Episode 2 : à suivre

Articles

Comprendre ce qui se joue dans une relation pour atteindre l’harmonie

Avril 2020

Nous avons souvent entendu la phrase de Sartre « l’enfer c’est les autres », l’enfer fait de souffrance, de conflits, d’incompréhensions. Nous avons également pu faire des rencontres qui rappellent cette phrase. 

Mais d’où vient l’enfer ? De moi ? De l’autre ? De la relation ?

Répondre à ces questions est nécessaire pour développer des relations harmonieuses car comme dit Krishnamurti : « quand on comprend vraiment en profondeur les causes d’une souffrance, alors de cette prise de conscience de cette vision pénétrante, de cette observation, l’ordre surgit spontanément ».

Découvrons ensemble les causes de la souffrance dans une relation pour révéler la possible harmonie.

Si nous observons un conflit que nous avons eu avec quelqu’un, qu’est ce qui s’est passé ? L’autre m’a irrité, il m’a blessé. La souffrance est apparue en nous. Pourquoi ? Posons nous la question pour comprendre les causes de cette souffrance et pour éviter de réagir contre l’autre et entrer en conflit. Nous mettons souvent toute notre attention sur l’autre et sur ce qu’il fait. Ici, regardons aussi ce qui se passe en nous puisque la souffrance est en nous.

L’autre s’autorise à arriver en retard sans complexe alors que je fais toujours attention à ne pas l’être. II ose mettre en place des projets et pas moi. Il est très organisé alors que moi, après tant d’effort, je ne le suis pas. A ce moment là, qu’est-ce que l’autre me renvoie ? Qu’est-ce qu’il me montre ? Il incarne quelque chose que je réprime. 

L’autre peut m’agacer aussi parce qu’il me ressemble, moi qui pensais être unique, différent, spécial.

La relation que je vis actuellement ne fait-elle pas écho à une autre histoire que j’ai déjà vécue et que je n’ai pas comprise ? L’autre va appuyer sur la même blessure et la souffrance va apparaitre.

La souffrance peut donc survenir dans une relation soit parce que l’autre incarne quelque chose que je réprime soit parce qu’il me ressemble soit parce que notre relation fait écho à une histoire du passé.

Regardons de plus prêt ces trois causes de souffrance : les deux premières causes proviennent d’une comparaison à l’autre. Or, la comparaison est destructrice, source de conflit. Toute l’histoire le prouve : la guerre des religions, la guerre des races, … La nature peut nous aider ici. Une vague ne s’énerve pas contre la vague d’à côté parce qu’elle est plus rapide ou plus douce. Elle va et c’est tout. Chaque vague a sa propre responsabilité. Chacun a sa responsabilité. L’autre n’est pas responsable de ce que je réprime en moi. Il n’est pas non plus responsable de me ressembler. 

La troisième cause possible de notre souffrance est issue de nos mémoires, de nos souvenirs : peur d’être quitté, peur de la trahison, peur de ne pas être compris, …  Nous prenons nos veilles expériences, considérées comme bonnes ou mauvaises et nous les emmenons partout avec nous. Nous réagissons dès que l’expérience vécue dans le passé est réactivée. Nous ne vivons alors pas la relation présente à nous à l’instant mais celle du passé qui se rejoue inéluctablement. 

Que pouvons nous retenir de nos observations ? Que pouvons nous répondre à Sartre ? L’enfer provient de pensées à l’intérieur de nous : celles qui comparent, celles qui jugent, celles qui sont le fruit de nos mémoires, toutes révélées par l’autre. Sartre n’a ni raison, ni tort ! L’autre révèle une facette de moi-même que je n’accepte pas.

Découvrons ce que nous pouvons faire à partir d’aujourd’hui pour développer des relations harmonieuses. 

Avec notre découverte des causes engendrant la souffrance dans nos relations, essayons de porter notre attention non pas sur l’autre, mais sur nous et posons nous deux questions.

La première : en quoi ça me concerne que l’autre agisse comme ci ou comme ça ? Qu’est-ce qui me met en souffrance ? Et observons ce qui se passe en nous : soyons attentifs aux pensées et aux émotions qui arrivent, regardons les, qu’elles soient sombres ou lumineuses, ne portons aucun jugement dessus et laissons les passer. Cette attention est un premier pas vers des relations harmonieuses avec les autres et surtout avec moi-même, le plus important puisque je suis la seule personne que j’aurai toujours avec moi. Tous les autres finiront par me quitter d’une façon ou d’une autre.

La seconde question à nous poser est : qu’est ce que ça vient réveiller dans mon histoire ? Plus nous explorons les personnages de l’ombre en nous, plus nous sommes en paix. Imaginez que nous sommes détachés et que nous prenons un nouveau départ avec chaque nouvelle relation, à chaque nouvelle journée. Quel cadeau nous offrons alors à nous-même et à l’autre ! Le passé n’a plus de réalité à partir du moment où nous pratiquons la concentration sur l’instant présent, où a lieu tout changement. Abandonner nos vieilles habitudes et nous détacher de nos anciennes façons de vivre procurent la possibilité de découvrir des relations harmonieuses (avec moi puis avec les autres).

En attendant de pouvoir répondre à ces questions, demandant du temps et des efforts, et parfois l’intervention d’une aide extérieure, suivons Spinoza en ne combattant pas nos émotions mais en :

  • Repérant l’émotion (joie, colère, tristesse, peur ou surprise) qui surgit en présence de l’autre, sans l’associer à l’autre.
  • Accueillant l’émotion dans l’instant, sans interpréter le comportement de l’autre (un accord toltèque : « ne faites pas de supposition »).

Et j’ajouterai :

  • Osons exprimer nos émotions à cet instant de la relation, sans nous incriminer et sans rendre responsable l’autre de notre mal être ou de notre joie. Thich Nhat Hanh propose de dire la vérité, de ne pas exagérer en disant ce qui est, de parler dans la paix et d’être cohérent en disant la même chose à l’intérieur de nous et à l’extérieur. Si c’est trop difficile de le dire à l’autre, nous pouvons dans un premier temps nous le dire à nous-même. La communication sera déjà restaurée avec nous-même. Puis petit à petit, nous pourrons exprimer ce qui se passe à l’intérieur de nous à l’extérieur. Pour nous exprimer vers l’extérieur, Jacques Salomé préconise l’emploi du « je » qui invite à se recentrer et qui invite l’autre à exprimer ce qu’il ressent plutôt que de penser à sa place, ce qui peut vite être insupportable. En procédant ainsi, l’autre pourra m’apporter quelques réponses quant à son comportement et effacera toute interprétation possible. L’autre pourra également m’aider dans la découverte de ce qui me touche. Il est possible aussi que l’autre n’écoutera pas, et qu’il recommencera. Nous pouvons alors nous en détourner, dans la paix, et aller vers des personnes attentives. Nous serons sûrement déçus, bien sûr. Mais nous ne sommes pas responsables des réactions de l’autre. Nous ne sommes responsables que de nous-même : nous sommes responsables des mots employés en ayant une parole impeccable (un accord toltèque), nous sommes responsables de nos comportements et c’est déjà beaucoup ! 

Dans chaque relation, qu’elle soit heureuse ou malheureuse, au retour de chez l’autre, nous aurons appris sur nous. 

Comprendre les émotions avec humour

Décembre 2019

Comprendre le système de croyances à partir de la littérature 

Juin 2019

Extrait de L’étranger de Camus

« Le fond de sa pensée, si j’ai bien bien compris, c’est que j’avais prémédité mon crime. Du moins, il a essayé de le démontrer. Comme il le disait lui-même : « J’en ferai la preuve, messieurs, et je ferai doublement. Sous l’aveuglante clarté des faits d’abord et ensuite dans l’éclairage sombre que me fournira la psychologie de cette âme criminelle. » Il a résumé les faits à partir de la mort de maman. Il a rappelé mon insensibilité, l’ignorance où j’étais de l’âge de maman, mon bain du lendemain, avec une femme, le cinéma, Fernandel et enfin la rentrée avec Marie. J’ai mis du temps à le comprendre, à ce moment, parce qu’il disait « sa maîtresse » et pour moi, elle était Marie. Ensuite, il en est venu à l’histoire de Raymond. J’ai trouvé que sa façon de voir les évènements ne manquait pas de clarté. Ce qu’il disait était plausible. J’avais écrit la lettre d’accord avec Raymond pour attirer sa maîtresse et la livrer aux mauvais traitements d’un homme « de moralité douteuse ». J’avais provoqué sur la plage les adversaires de Raymond. Celui-ci avait été blessé. Je lui avais demandé son revolver. J’étais revenu seul pour m’en servir. J’avais abattu l’Arabe comme je le projetais. J’avais attendu. Et « pour être sûr que la besogne était bien faite », j’avais tiré encore quatre balles, posément, à coup sûr, d’une façon réfléchie en quelque sorte.

« Et voilà, messieurs, a dit l’avocat général. J’ai retracé devant vous le fil d’évènements qui a conduit cet homme à tuer en pleine connaissance de cause. J’insiste là-dessus, a-t-il dit. Car il ne s’agit pas d’un assassinat ordinaire, d’un acte irréfléchi que vous pourriez estimer atténué par les circonstances. Cet homme, messieurs, cet homme est intelligent. Vous l’avez entendu, n’est-ce pas ? Il sait répondre. Il connaît la valeur des mots. Et l’on ne peut pas dire qu’il a agi sans se rendre compte de ce qu’il faisait. »

Moi j’écoutais et j’entendais qu’on me jugeait intelligent. Mais je ne comprenais pas bien comment les qualités d’un homme ordinaire pouvaient devenir des charges écrasantes contre un coupable. Du moins, c’était cela qui me frappait et je n’ai plus écouté le procureur jusqu’au moment où je l’ai entendu dire : «  A t-il seulement exprimé des regrets ? Jamais, messieurs. Pas une seule fois au cours de l’instruction cet homme n’a paru ému de son abominable forfait. » 

Explication du système de croyances

Cet extrait illustre comment l’Homme pense ou comment l’Homme traite les informations de son environnement quand il ne l’a jamais expérimenté par lui-même.

Pour démontrer la préméditation du crime, le procureur cherche tous les comportements qui le confirment. C’est l’illustration parfaite de la tendance de notre cerveau à ne rechercher que les éléments qui confortent nos croyances. Dans ce procès, le procureur cherche les éléments qui accablent Meursault. Comme dans ce procès, notre cerveau oriente  à la fois la façon de recueillir de l’information et aussi la façon de l’interpréter. Meursault souligne l’incohérence de ce système de croyances : « je ne comprenais pas bien comment les qualités d’un homme ordinaire pouvaient devenir des charges écrasantes contre un coupable ».

Nos croyances sont issues de nos expériences passées, elles se construisent petit à petit au fil du temps. Nous les considérons comme vraies puis nous raisonnons et pensons à partir de celles-ci. Leur construction se réalise par la création de catégories. Notre cerveau met dans une catégorie des éléments qui ont des traits communs. Par la suite, ces catégories nous aident à identifier des choses ou sentiments que nous n’avons jamais expérimentés. Ces catégories sont suffisamment larges pour nous repérer (une catégorie « chose » nous est inutile) mais pas trop étroites parce que ça nous demanderait beaucoup d’effort de mémorisation. Par exemple, quand nous sommes jeune, nous apprenons que les filles ont les cheveux longs. Une catégorie se crée : « cheveux longs correspondant à filles ». Et dès que nous voyons quelqu’un avec des cheveux longs, on prédit que c’est une fille. Mais nous savons tous que nous ne pouvons pas généraliser : des garçons ont parfois les cheveux longs et des filles ont les cheveux courts. A force d’observer des contradictions, certains ajustent la catégorie…d’autres jamais.

Dans la vie quotidienne, notre cerveau passe son temps à juger et à prédire à partir des catégories qu’il a créées.  C’est exactement ce qui se passe dans le procès de Meursault. Le procureur le juge d’« âme criminelle » à partir de sa catégorie « est âme criminelle un être insensible » : il ne pleure pas à l’enterrement de sa maman. Alors il est insensible. Alors, c’est une « âme criminelle », et ainsi de suite.

On ne peut pas en vouloir au procureur parce que tout Homme pense que les catégories créées par le cerveau sont justes. Le procureur, vous, moi n’en avons même pas conscience. C’est ainsi que, tous les jours, nous faisons un tas de raccourcis ou des heuristiques (dans le jargon des psychologues). Ces raccourcis nous simplifient la vie. Ils sont rapides et faciles d’emploi. Pas besoin de réfléchir. Ça nous donne l’impression de raisonner et de prendre des décisions facilement et rapidement. Pas besoin de faire des efforts. On se prend moins la tête ! En plus de ça, nous arrivons plus facilement à convaincre. Nous voyons bien que le procureur y arrive parfaitement. Ils sont faciles et rapides à utiliser parce qu’ils reposent sur des associations d’idées : Meursault ne pleure pas alors il est indifférent à la mort de sa maman. Dans ce procès, ne pouvons nous pas envisager une autre explication ? Il ne pleure pas à l’enterrement parce qu’il a déjà pleuré toutes les larmes de son coeur et peut alors en paix avec la mort de sa mère ? Il ne pleure pas parce qu’il est dans le déni, il ne veut pas admettre la mort. Il y a plein d’explications. Mais souvent dans la société, on est triste si on pleure. 

Voilà comment on prend des décisions, sur la base de croyances souvent aberrantes. De ces décisions en découlent souvent des conflits internes et externes et de la souffrance.

C’est en identifiant les croyances créées par notre cerveau et en considérant tous les éléments de contexte que nous pouvons arriver à une certaine vérité et à une décision plus juste. Cela demande des efforts bien sûr. Mais est-ce qu’ils ne mériteraient pas d’être réalisés pour nous sentir mieux avec nous-même et avec les autres ?

Comprendre les paradoxes de la vie avec les contes

La perfection existe t-elle ?

Février 2020, d’après un conte d’Henri Gougaud

Chaque jour, deux femmes allaient remplir un seau d’eau qu’elles transportaient le long d’un chemin pour le livrer aux habitants d’un village.

La première, fière, forte, portait son seau avec fermeté, et ne faisait tomber aucune goutte d’eau sur son chemin. 

La seconde, attentive à la nature, aux chants des oiseaux, aux arbres majestueux, aux plantes si gaies par l’annonce du printemps, perdait régulièrement un peu d’eau sur son chemin. A son arrivée, elle voyait son seau d’eau à moitié vide. Elle avait honte, elle s’estimait mauvaise, elle en souffrait. 

Un jour, elle décida d’en parler à un villageois. 

– Je suis désolée. Pardonnez moi. 

– Vous pardonner ? Pourquoi ?  Qu’avez-vous fait de mal ?

– Vous savez bien. Chaque jour, ma collègue et moi apportons l’eau que vous nous avez commandée. Ma collègue fait son devoir. Elle vous livre un seau rempli jusqu’à son bord. Moi non. J’aimerais être comme elle est: parfaite, fière, forte. Moi, j’arrive avec un seau à moitié vide. Vous devez m’en vouloir beaucoup.

– Oh non ! Au contraire ! Regardez sur le bord de votre chemin. Qu’est-ce que vous voyez ? Des fleurs partout. Elles sont superbes ! L’eau que vous perdez les arrose tous les jours. Elles vous remercient. Et moi aussi je vous remercie parce que chaque jour je peux offrir un beau bouquet à ma maison. Regardez sur le chemin de votre collègue. Certes, elle est parfaite en amenant un seau rempli d’eau jusqu’à rebord. Mais que voyez vous ? Poussière, cailloux. Chacun fait selon sa nature. Ne changez rien ! Et ne regrettez pas vos failles, voyez comme elles nourrissent la vie.

Tout est parfait. 

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