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Ludivine Watbled

Ces articles et ces podcasts sont pour vous. Vous découvrirez des clefs pour mieux comprendre nos comportements, nos émotions, nos pensées et nos interactions avec le monde extérieur. Vous découvrirez également une musique et bien d’autres choses encore ! 

Les textes écrits et oraux proposés ont pour but de conduire à la réflexion (et non à une vérité unique car elle est différente pour chacun d’entre nous). Nos expériences réelles permettent de grandir. Les expériences de vie décrites dans les livres et dans les musiques peuvent apporter un nouvel éclairage et participer au progrès. Ainsi, au fil de la plume, je vais tenter de vous conduire dans divers sentiers de la vie. Ces écrits sont issus de mes expériences, de mes rencontres, de mes réflexions mêlées à celles d’auteurs et d’extraits d’écrivains éclairants. 

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Interprétation et musique « Just like the others » : VesperVox, www.oxygenartstudio.com                                            Ecriture : Ludivine Watbled

Episode 2 : à suivre

Articles

Comprendre l'Homme

Comprendre ce qui se joue dans une relation pour atteindre l’harmonie

Avril 2020

Nous avons souvent entendu la phrase de Sartre « l’enfer c’est les autres », l’enfer fait de souffrance, de conflits, d’incompréhensions. Nous avons également pu faire des rencontres qui rappellent cette phrase. 

Mais d’où vient l’enfer ? De moi ? De l’autre ? De la relation ?

Répondre à ces questions est nécessaire pour développer des relations harmonieuses car comme dit Krishnamurti : « quand on comprend vraiment en profondeur les causes d’une souffrance, alors de cette prise de conscience de cette vision pénétrante, de cette observation, l’ordre surgit spontanément ».

Découvrons ensemble les causes de la souffrance dans une relation pour révéler la possible harmonie.

Si nous observons un conflit que nous avons eu avec quelqu’un, qu’est ce qui s’est passé ? L’autre m’a irrité, il m’a blessé. La souffrance est apparue en nous. Pourquoi ? Posons nous la question pour comprendre les causes de cette souffrance et pour éviter de réagir contre l’autre et entrer en conflit. Nous mettons souvent toute notre attention sur l’autre et sur ce qu’il fait. Ici, regardons aussi ce qui se passe en nous puisque la souffrance est en nous.

L’autre s’autorise à arriver en retard sans complexe alors que je fais toujours attention à ne pas l’être. II ose mettre en place des projets et pas moi. Il est très organisé alors que moi, après tant d’effort, je ne le suis pas. A ce moment là, qu’est-ce que l’autre me renvoie ? Qu’est-ce qu’il me montre ? Il incarne quelque chose que je réprime. 

L’autre peut m’agacer aussi parce qu’il me ressemble, moi qui pensais être unique, différent, spécial.

La relation que je vis actuellement ne fait-elle pas écho à une autre histoire que j’ai déjà vécue et que je n’ai pas comprise ? L’autre va appuyer sur la même blessure et la souffrance va apparaitre.

La souffrance peut donc survenir dans une relation soit parce que l’autre incarne quelque chose que je réprime soit parce qu’il me ressemble soit parce que notre relation fait écho à une histoire du passé.

Regardons de plus prêt ces trois causes de souffrance : les deux premières causes proviennent d’une comparaison à l’autre. Or, la comparaison est destructrice, source de conflit. Toute l’histoire le prouve : la guerre des religions, la guerre des races, … La nature peut nous aider ici. Une vague ne s’énerve pas contre la vague d’à côté parce qu’elle est plus rapide ou plus douce. Elle va et c’est tout. Chaque vague a sa propre responsabilité. Chacun a sa responsabilité. L’autre n’est pas responsable de ce que je réprime en moi. Il n’est pas non plus responsable de me ressembler. 

La troisième cause possible de notre souffrance est issue de nos mémoires, de nos souvenirs : peur d’être quitté, peur de la trahison, peur de ne pas être compris, …  Nous prenons nos veilles expériences, considérées comme bonnes ou mauvaises et nous les emmenons partout avec nous. Nous réagissons dès que l’expérience vécue dans le passé est réactivée. Nous ne vivons alors pas la relation présente à nous à l’instant mais celle du passé qui se rejoue inéluctablement. 

Que pouvons nous retenir de nos observations ? Que pouvons nous répondre à Sartre ? L’enfer provient de pensées à l’intérieur de nous : celles qui comparent, celles qui jugent, celles qui sont le fruit de nos mémoires, toutes révélées par l’autre. Sartre n’a ni raison, ni tort ! L’autre révèle une facette de moi-même que je n’accepte pas.

Découvrons ce que nous pouvons faire à partir d’aujourd’hui pour développer des relations harmonieuses. 

Avec notre découverte des causes engendrant la souffrance dans nos relations, essayons de porter notre attention non pas sur l’autre, mais sur nous et posons nous deux questions.

La première : en quoi ça me concerne que l’autre agisse comme ci ou comme ça ? Qu’est-ce qui me met en souffrance ? Et observons ce qui se passe en nous : soyons attentifs aux pensées et aux émotions qui arrivent, regardons les, qu’elles soient sombres ou lumineuses, ne portons aucun jugement dessus et laissons les passer. Cette attention est un premier pas vers des relations harmonieuses avec les autres et surtout avec moi-même, le plus important puisque je suis la seule personne que j’aurai toujours avec moi. Tous les autres finiront par me quitter d’une façon ou d’une autre.

La seconde question à nous poser est : qu’est ce que ça vient réveiller dans mon histoire ? Plus nous explorons les personnages de l’ombre en nous, plus nous sommes en paix. Imaginez que nous sommes détachés et que nous prenons un nouveau départ avec chaque nouvelle relation, à chaque nouvelle journée. Quel cadeau nous offrons alors à nous-même et à l’autre ! Le passé n’a plus de réalité à partir du moment où nous pratiquons la concentration sur l’instant présent, où a lieu tout changement. Abandonner nos vieilles habitudes et nous détacher de nos anciennes façons de vivre procurent la possibilité de découvrir des relations harmonieuses (avec moi puis avec les autres).

En attendant de pouvoir répondre à ces questions, demandant du temps et des efforts, et parfois l’intervention d’une aide extérieure, suivons Spinoza en ne combattant pas nos émotions mais en :

  • Repérant l’émotion (joie, colère, tristesse, peur ou surprise) qui surgit en présence de l’autre, sans l’associer à l’autre.
  • Accueillant l’émotion dans l’instant, sans interpréter le comportement de l’autre (un accord toltèque : « ne faites pas de supposition »).

Et j’ajouterai :

  • Osons exprimer nos émotions à cet instant de la relation, sans nous incriminer et sans rendre responsable l’autre de notre mal être ou de notre joie. Thich Nhat Hanh propose de dire la vérité, de ne pas exagérer en disant ce qui est, de parler dans la paix et d’être cohérent en disant la même chose à l’intérieur de nous et à l’extérieur. Si c’est trop difficile de le dire à l’autre, nous pouvons dans un premier temps nous le dire à nous-même. La communication sera déjà restaurée avec nous-même. Puis petit à petit, nous pourrons exprimer ce qui se passe à l’intérieur de nous à l’extérieur. Pour nous exprimer vers l’extérieur, Jacques Salomé préconise l’emploi du « je » qui invite à se recentrer et qui invite l’autre à exprimer ce qu’il ressent plutôt que de penser à sa place, ce qui peut vite être insupportable. En procédant ainsi, l’autre pourra m’apporter quelques réponses quant à son comportement et effacera toute interprétation possible. L’autre pourra également m’aider dans la découverte de ce qui me touche. Il est possible aussi que l’autre n’écoutera pas, et qu’il recommencera. Nous pouvons alors nous en détourner, dans la paix, et aller vers des personnes attentives. Nous serons sûrement déçus, bien sûr. Mais nous ne sommes pas responsables des réactions de l’autre. Nous ne sommes responsables que de nous-même : nous sommes responsables des mots employés en ayant une parole impeccable (un accord toltèque), nous sommes responsables de nos comportements et c’est déjà beaucoup ! 

Dans chaque relation, qu’elle soit heureuse ou malheureuse, au retour de chez l’autre, nous aurons appris sur nous. 

Ces pensées qui agissent sur nos comportements et sur nos relations

Janvier 2020

Nous entendons constamment différentes voix dans notre tête : « j’aimerais tellement faire ce projet. Non, je n’en suis pas capable. Si, je peux réussir…. » D’où viennent ces voix ? 

Il y en a au moins deux : une voix qui reflète la partie de nous qui n’a pas peur, qui a confiance et souffle à l’oreille par où il vaut mieux passer, qui sait ce qui est bon pour nous. Mais cette voix n’est pas toute seule. La deuxième voix que l’on entend à l’intérieur de nous est celle de l’enfant qui a été blessé, qui a entendu qu’il n’était pas à la hauteur, qu’il n’était pas digne, qu’il n’était pas capable, qu’il ne méritait pas d’exister,  qu’il devait être comme cela, qu’il y a un danger, … Plus il y a de blessures, plus cette voix prend de la place. Elle peut parfois être très envahissante au point de ne pas laisser la parole à la première voix. Elle est très puissante parce qu’elle est capable de saboter nos plus beaux projets et nos envies. Si cette voix nous dit que nous ne sommes pas capables de mener à bien un projet, nous n’allons même pas essayer. Si cette voix nous dit que nous ne méritons pas d’être aimé nous irons vers des relations qui nous manquent de respect. Cette voix de l’enfant blessé peut également entraver nos relations quand nous réagissons à travers elle. Confronté à des situations similaires à celles qui nous ont blessées dans le passé, cette voix prend du poil de la bête et nous agissons afin de l’apaiser et diminuer la douleur. Nous nous attaquons à autrui en nous appliquant à briser les coeurs pour nous protéger, pour répondre à cette voix envahissante. Nous sommes victimes de nos propres voix et n’agissons pas toujours comme nous le voulons. Nous sommes également victimes des voix des autres. Qui n’a pas entendu des phrases négatives émanant des autres ? Des phrases qui peuvent briser tous nos espoirs. Des phrases qui sapent notre énergie. Des phrases qui souillent nos rêves de leurs idées reçues.

Quand nous prenons conscience que cette voix blessée à l’intérieur de nous et les voix des autres dirigent notre vie, nous avons envie de nous en débarrasser. Nous voulons les empêcher de parler. Tout d’abord, essayons d’exprimer à ceux qui ont eu des phrases blessantes pour nous à quel point cela nous a blessé. Si nous ne sommes pas entendus ou pire si ces mêmes phrases reviennent, quittons ces personnes négatives pour nous. Malheureusement, nous ne pouvons pas toujours empêcher les autres de parler ! Dans les cas où la fuite n’est pas possible (dans le milieu professionnel notamment), un bon moyen est de lâcher prise en comprenant notre propre voix intérieure blessée. Vous pouvez toujours essayer de vous en débarrasser, mais mon expérience confirme que ça ne marche pas ! La seule chose qui se produit est de renforcer la présence de cette voix blessée. Car pour s’en débarrasser, on ne dévoile plus rien, on garde en soi ses émotions qui s’imprègnent, on n’est plus soi-même, …

Pour apaiser cette voix et pour entretenir de meilleures relations avec soi et les autres, essayons de l’écouter, essayons d’écouter un chagrin passé, une douleur subie, essayons de lui laisser de la place, de la comprendre. Elle se manifestera mais vous pourrez lui répondre gentiment que vous n’êtes pas d’accord et lui expliquer pourquoi vous allez agir autrement. L’expérience démontrera à cette pensée blessée qu’elle n’avait aucune raison d’avoir peur. Alors, petit à petit, elle comprendra et se transformera par une autre pensée qui n’a pas peur, qui dira :   « je suis à la hauteur, je suis capable, je suis digne d’être aimé… »

Prenons soin de nous, transformons nous et nous serons heureux et notre société se portera mieux.

Comprendre les émotions avec humour

Décembre 2019

Comprendre le système de croyances à partir de la littérature 

Juin 2019

Extrait de L’étranger de Camus

« Le fond de sa pensée, si j’ai bien bien compris, c’est que j’avais prémédité mon crime. Du moins, il a essayé de le démontrer. Comme il le disait lui-même : « J’en ferai la preuve, messieurs, et je ferai doublement. Sous l’aveuglante clarté des faits d’abord et ensuite dans l’éclairage sombre que me fournira la psychologie de cette âme criminelle. » Il a résumé les faits à partir de la mort de maman. Il a rappelé mon insensibilité, l’ignorance où j’étais de l’âge de maman, mon bain du lendemain, avec une femme, le cinéma, Fernandel et enfin la rentrée avec Marie. J’ai mis du temps à le comprendre, à ce moment, parce qu’il disait « sa maîtresse » et pour moi, elle était Marie. Ensuite, il en est venu à l’histoire de Raymond. J’ai trouvé que sa façon de voir les évènements ne manquait pas de clarté. Ce qu’il disait était plausible. J’avais écrit la lettre d’accord avec Raymond pour attirer sa maîtresse et la livrer aux mauvais traitements d’un homme « de moralité douteuse ». J’avais provoqué sur la plage les adversaires de Raymond. Celui-ci avait été blessé. Je lui avais demandé son revolver. J’étais revenu seul pour m’en servir. J’avais abattu l’Arabe comme je le projetais. J’avais attendu. Et « pour être sûr que la besogne était bien faite », j’avais tiré encore quatre balles, posément, à coup sûr, d’une façon réfléchie en quelque sorte.

« Et voilà, messieurs, a dit l’avocat général. J’ai retracé devant vous le fil d’évènements qui a conduit cet homme à tuer en pleine connaissance de cause. J’insiste là-dessus, a-t-il dit. Car il ne s’agit pas d’un assassinat ordinaire, d’un acte irréfléchi que vous pourriez estimer atténué par les circonstances. Cet homme, messieurs, cet homme est intelligent. Vous l’avez entendu, n’est-ce pas ? Il sait répondre. Il connaît la valeur des mots. Et l’on ne peut pas dire qu’il a agi sans se rendre compte de ce qu’il faisait. »

Moi j’écoutais et j’entendais qu’on me jugeait intelligent. Mais je ne comprenais pas bien comment les qualités d’un homme ordinaire pouvaient devenir des charges écrasantes contre un coupable. Du moins, c’était cela qui me frappait et je n’ai plus écouté le procureur jusqu’au moment où je l’ai entendu dire : «  A t-il seulement exprimé des regrets ? Jamais, messieurs. Pas une seule fois au cours de l’instruction cet homme n’a paru ému de son abominable forfait. » 

Explication du système de croyances

Cet extrait illustre comment l’Homme pense ou comment l’Homme traite les informations de son environnement quand il ne l’a jamais expérimenté par lui-même.

Pour démontrer la préméditation du crime, le procureur cherche tous les comportements qui le confirment. C’est l’illustration parfaite de la tendance de notre cerveau à ne rechercher que les éléments qui confortent nos croyances. Dans ce procès, le procureur cherche les éléments qui accablent Meursault. Comme dans ce procès, notre cerveau oriente  à la fois la façon de recueillir de l’information et aussi la façon de l’interpréter. Meursault souligne l’incohérence de ce système de croyances : « je ne comprenais pas bien comment les qualités d’un homme ordinaire pouvaient devenir des charges écrasantes contre un coupable ».

Nos croyances sont issues de nos expériences passées, elles se construisent petit à petit au fil du temps. Nous les considérons comme vraies puis nous raisonnons et pensons à partir de celles-ci. Leur construction se réalise par la création de catégories. Notre cerveau met dans une catégorie des éléments qui ont des traits communs. Par la suite, ces catégories nous aident à identifier des choses ou sentiments que nous n’avons jamais expérimentés. Ces catégories sont suffisamment larges pour nous repérer (une catégorie « chose » nous est inutile) mais pas trop étroites parce que ça nous demanderait beaucoup d’effort de mémorisation. Par exemple, quand nous sommes jeune, nous apprenons que les filles ont les cheveux longs. Une catégorie se crée : « cheveux longs correspondant à filles ». Et dès que nous voyons quelqu’un avec des cheveux longs, on prédit que c’est une fille. Mais nous savons tous que nous ne pouvons pas généraliser : des garçons ont parfois les cheveux longs et des filles ont les cheveux courts. A force d’observer des contradictions, certains ajustent la catégorie…d’autres jamais.

Dans la vie quotidienne, notre cerveau passe son temps à juger et à prédire à partir des catégories qu’il a créées.  C’est exactement ce qui se passe dans le procès de Meursault. Le procureur le juge d’« âme criminelle » à partir de sa catégorie « est âme criminelle un être insensible » : il ne pleure pas à l’enterrement de sa maman. Alors il est insensible. Alors, c’est une « âme criminelle », et ainsi de suite.

On ne peut pas en vouloir au procureur parce que tout Homme pense que les catégories créées par le cerveau sont justes. Le procureur, vous, moi n’en avons même pas conscience. C’est ainsi que, tous les jours, nous faisons un tas de raccourcis ou des heuristiques (dans le jargon des psychologues). Ces raccourcis nous simplifient la vie. Ils sont rapides et faciles d’emploi. Pas besoin de réfléchir. Ça nous donne l’impression de raisonner et de prendre des décisions facilement et rapidement. Pas besoin de faire des efforts. On se prend moins la tête ! En plus de ça, nous arrivons plus facilement à convaincre. Nous voyons bien que le procureur y arrive parfaitement. Ils sont faciles et rapides à utiliser parce qu’ils reposent sur des associations d’idées : Meursault ne pleure pas alors il est indifférent à la mort de sa maman. Dans ce procès, ne pouvons nous pas envisager une autre explication ? Il ne pleure pas à l’enterrement parce qu’il a déjà pleuré toutes les larmes de son coeur et peut alors en paix avec la mort de sa mère ? Il ne pleure pas parce qu’il est dans le déni, il ne veut pas admettre la mort. Il y a plein d’explications. Mais souvent dans la société, on est triste si on pleure. 

Voilà comment on prend des décisions, sur la base de croyances souvent aberrantes. De ces décisions en découlent souvent des conflits internes et externes et de la souffrance.

C’est en identifiant les croyances créées par notre cerveau et en considérant tous les éléments de contexte que nous pouvons arriver à une certaine vérité et à une décision plus juste. Cela demande des efforts bien sûr. Mais est-ce qu’ils ne mériteraient pas d’être réalisés pour nous sentir mieux avec nous-même et avec les autres ?

Comprendre la mémoire à partir d’expériences

Mai 2019

Nous utilisons notre mémoire tous les jours. Pour faire ses courses, pour travailler, pour passer des examens, … Dans la mémoire, il y a également tous les souvenirs de notre vie. Et il nous arrive à tous d’oublier, d’avoir des difficultés à mémoriser. Qui n’a pas rencontré des difficultés à apprendre ses cours ? Qui n’a pas oublié le nom du morceau de musique écouté dernièrement ? On aimerait bien tout retenir du premier coup. Mais ça ne marche pas toujours bien. Nous retenons également des choses qu’on voudrait bien oublier. Comment ça se fait ?

Il existe essentiellement deux formes de mémoire : la mémoire de travail et la mémoire à long terme. La mémoire de travail sert à mettre en mémoire pour un court instant, juste le temps de traiter l’information : « je note en mémoire ton numéro de téléphone le temps de trouver un papier », « je te traduis ce qu’il dit en italien ». 

La mémoire à long terme c’est tout ce que nous savons : « la capitale de l’Italie est Rome », « mon frère aime bien les vieilles voitures ». 

Et nous n’arrêtons pas de faire passer des informations d’une mémoire à l’autre…avec pas mal de perte ou de déformation en cours de route.

Notre mémoire de travail est limitée et exige un effort constant pour fonctionner. En fait, on ne peut traiter que 7 informations à la fois, qu’on soit âgé de 3 ans ou de 130 ans ! Le mythe tombe : quelque soit notre âge, notre capacité est la même ! Quand une nouvelle information arrive, il faut en lâcher une autre. Donc ça ne sert à rien de donner plus de 7 informations quand vous vous présentez à quelqu’un ! Vérifions le ensemble par une petite expérience. Essayez de mémoriser le plus de mots possibles en les lisant un à un :  joie, respiration, musique, instant, plage, douceur, arbre, souffle, dessin, sapin, gratitude, intention, mental, ouverture, sommet, masque, livre, océan, observation, écoute, harmonie, montagne, lumière, clef.

Maintenant détournez vous de votre ordinateur et notez les mots que vous venez de lire.  

Combien en avez vous retenus ? Vous en avez mémorisé moins de 7 ? Vous n’étiez peut-être pas motivé à faire l’expérience ou pas attentif parce que vous faites autre chose ou vous pensez à autre chose en même temps. Vous en avez mémorisé plus de 7 ? Bravo ! Vous avez sûrement mémorisé en organisant l’information reçue : vous avez peut-être créé une catégorie nommer « nature » sous laquelle vous avez mis les mots de la liste évoquant la nature (arbre, sapin, océan, montagne). Vous avez alors retenu l’information « nature » et occupé une seule place en mémoire alors que si vous n’aviez pas fait de catégorie, vous auriez du faire l’effort de mémoriser 4 mots et il ne restait la place que pour 3 autres mots.

Donc, si vous arrivez à organiser l’information, à regrouper des informations ensemble, vous pouvez augmenter le nombre d’éléments en mémoire : retenir 1, 9, 7, 6 correspond à retenir 4 informations en mémoire. Si vous organisez l’information en 1976 ça revient à ne mémoriser qu’une seule information. Vous comprenez maintenant pourquoi nous retenons plus facilement les nombres sous forme de dates et les lettres sous forme de sigles. Et les communicants l’ont bien compris ! 

Mais il est toujours impossible d’augmenter le nombre d’informations en mémoire : ça sera toujours 7 et toute notre vie ! Je le répète parce que la répétition est un bon moyen pour faire rentrer l’information en mémoire !

Une bonne nouvelle : nous sommes capables de traiter en même temps de l’information verbale et de l’information visuelle. En lisant ce texte, vous traitez de l’information visuelle et en même temps vous êtes peut-être en train d’écouter de la musique, de l’information verbale. Mais vous ne pourriez pas lire le texte et regarder par la fenêtre. Essayez, vous verrez ! Vous vérifierez par vous même que c’est impossible !

Quand nous estimons qu’une chose nous sera utile plus tard, nous la sortons de la mémoire de travail pour la mettre dans la mémoire à long terme. Ce processus est très complexe : parfois nous y arrivons, parfois non. Parfois nous ne voulons pas mémoriser et l’information est tout de même transférée dans notre mémoire à long terme. Par exemple dès qu’une information ou un évènement est associée à une émotion forte, elle est presque toujours mémorisée sans faire d’effort. Souvenez-vous d’un événement  : quelle émotion y est associée ? Est-ce que vous vous souvenez d’un évènement de votre vie sans émotion associée ?

Si nous souhaitons garder longtemps en mémoire une information non associée à une émotion, il faut fournir un effort. Eh, oui notre mémoire ne fonctionne pas toujours toute seule. Alors, comment faire ? Il faut s’efforcer d’associer des idées entre elles.

A force de créer des associations, vous pouvez imaginer votre zone du cerveau comme un immense réseau informatique avec plein de connexions. Activez une zone en active une autre, la stimule et renforce la mémorisation des anciennes informations. Penser à certaines choses amorce le souvenir d’autres choses parce que dans notre cerveau, celles-ci sont associées aux premières. Par exemple, il sera plus facile de vous souvenir de ce texte si vous vous trouvez au même endroit que vous l’avez lu. Si vous mangez un bonbon que vous mangiez quand vous étiez petit, le goût amorcera d’autres souvenirs : un lieu que vous aviez l’habitude de fréquenter, un ami, votre famille… Toutes ces associations que nous faisons seront autant d’indices pour nous guider quand nous souhaiterons retrouver l’information. Et plus nous nous donnons du mal pour nous remémorer un souvenir ou une information, plus il revient vite et facilement. L’effort, ça paie ! Donc tester ses connaissances est un bon moyen de les mémoriser et les retrouver de plus en plus vite. Finalement, plus on utilise sa mémoire, plus c’est facile de mémoriser.

Encore un truc, il ne faut pas toujours tester les mêmes connaissances, sinon, les autres s’affaiblissent et nous n’arrivons plus ou difficilement à les retrouver. Nous avons tendance à dire que nous avons oublié, mais ça n’a pas disparu, c’est juste plus difficile d’y accéder. Ca ne vous est jamais arrivé de dire que vous n’avez aucun souvenir et puis d’un seul coup un indice le fait ressurgir ?

Pour mieux utiliser la mémoire, il faut avoir conscience de ses capacités, ne pas vous blâmer si vous n’arrivez pas mémoriser plus de 7 informations à la fois : nous ne pouvons tout simplement pas. Par contre, vous pouvez développer des stratégies pour faciliter la mémorisation : en organisant l’information, en faisant des associations d’idée, en répétant. Ce qui est encourageant c’est qu’à force d’utiliser ces stratégies, l’habitude s’installera, et moins ça vous demandera d’effort. C’est magique ! A 44 ans, vous pourrez dire comme moi que vous avez une meilleure mémoire qu’à 20 ans !


Si vous avez compris comment fonctionne notre mémoire, vous pourrez l’utiliser plus librement et de plus en plus facilement. Vous pourrez également adapter votre environnement extérieur aux capacités de notre mémoire. Si vous organisez une réunion, évitez de transmettre dix milles informations à la minute : au bout de 7 informations, vous perdrez tout le monde ! Si vous avez un auditoire capable d’organiser les informations, c’est au bout de 49 informations que vous perdrez tout le monde ! Si vous concevez un logiciel ou un site internet, éviter de mettre des menus déroulants à plus de 7 onglets !

Dans ce texte, je vous ai transmis plus de 7 informations ! Si vous avez fait des associations d’idées, et organisé les informations reçues, vous avez pu retenir toutes les informations dites (il y en a moins de 49 !). Si vous souhaitez connaître le nombre d’informations que vous avez retenues en mémoire de travail, écrivez les tout de suite et vérifier ensuite en revenant sur cet article.  Si vous souhaitez connaître le nombre d’informations déjà transférées dans votre mémoire à long terme, rendez-vous demain.

Comprendre l’essentiel en observant les instants de la vie quotidienne

Regarder un match de tennis

Juillet 2019

Demi finale de Roland Garros, 2019, Federer est confronté à une situation qui semble compromise. Il court de droite à gauche et de gauche à droite tout en recevant des balles à plus de 150 kilomètres heures de Nadal. Puis, tout s’inverse : un coup sorti de nul part met fin à cette situation. En s’appuyant sur les difficultés rencontrées, Federer dévoile tout son talent. Il s’est servi de la situation difficile pour en faire une force. 

Une balle vrille à 210 kilomètres heures sur Federer. En moins d’une seconde, il invente une façon d’agir pour renvoyer cette balle qui repart à tout allure dans le carré de jeu de Nadal. Federer avait peut-être un plan tout fait avant la réception de la balle. Il imaginait voir arriver la balle sur son coup droit pour la renvoyer à droite, le long de la ligne. En prévoyant ce scénario, il aurait été surpris par le présent ou aurait tout tenté pour suivre son plan de départ et n’aurait pas pu inventer ce coup gagnant. En ne prévoyant aucun scénario à l’avance, il réussit à faire le point. Nadal ne parvient pas à récupérer la balle.

Federer est au service. Dès qu’il réceptionne la balle, Nadal court au filet et crée une nouvelle situation impossible à prévoir, d’autant qu’il vient rarement au filet. Federer doit tenir compte de cette configuration de jeu. Il frappe la balle qui prend le filet. Ce point est terminé : Federer le perd. Nadal le gagne. Aucun des  deux joueurs ne dévoilent une émotion. Si on ne connait pas les règles du jeu du tennis, il est impossible de voir qui a gagné le point.  Nadal pourrait être euphorique. Il esquisse à peine un sourire. Ce point est déjà du passé pour lui. Il est tout au présent en regagnant sa place au fond du terrain pour servir. Quant à Federer, ayant perdu, il pourrait être en colère jusqu’à jeter sa raquette comme on peut le voir chez de nombreux joueurs. Rien. En tout cas rien ne transparait. Il est prêt à réceptionner la balle de service de Nadal.

Tous les deux vivent dans le présent : ils jouent le point. Pas celui d’avant, pas celui d’après. Le point terminé, ils réagissent quelques secondes à la perte ou au gain du point. Mais jamais trop longtemps voire pas du tout. Ils peuvent alors revenir au présent et se concentrer à la situation du moment. Ils sont alors justes dans chaque déplacement, dans chaque frappe de la balle. Un joueur dans le passé ou dans le futur peut renvoyer la balle parce qu’il a des automatismes de joueur, répétant ces gestes au quotidien. Ce sont les automatismes qui agissent, pas les joueurs. Leur talent, leur imagination, leur créativité ne s’expriment pas dans les automatismes. La frappe juste ne peut pas être donnée dans ces conditions.

Federer et Nadal ont une technique de jeu incroyable, ils sont dans le présent tous les deux, enchaînant point par point, ils sont en parfaite harmonie avec la situation présente en apportant le comportement juste. Pourtant, un des deux joueurs va perdre. C’est Federer, à cette demi finale 2019. Nadal arrive avec une seule pensée qui s’aperçoit dès son entrée sur le terrain et qui ne le quitte pas : il vient pour gagner. Tous les matchs sont des finales, même cette demi finale. Federer, lui, vient pour jouer Nadal. Il pense à gagner mais veut surtout jouer avec Nadal, essayer des coups, essayer des stratégies. Et ils obtiennent tous les deux ce qu’ils veulent ! 

L’expérience du sachet de thé

Mars 2020

Je vous invite à observer le sachet de thé que nous introduisons dans notre tasse au quotidien (pour les amateurs de thé). Tout d’abord, nous attendons que l’eau soit bouillante. Puis nous introduisons le sachet de thé à angle de 90 degrés pour le laisser quelques minutes. Le thé ne supporte pas la brûlure, il se met alors à exsuder un filet noirâtre. Trois actions possibles s’offrent alors à nous. Soit on secoue le fil du sachet de thé dans tous les sens. Soit on n’intervient pas sur le sachet de thé. Soit on tire un peu sur le fil par petits coups légers et subtils. Le mieux est d’essayer chaque action et d’observer ce qui se produit ! 

Mon expérience est la suivante. 

Si j’agite le sachet de thé dans tous les sens, le goût devient désagréable. Le thé est devenu corrosif. Si je n’interviens pas, les arômes du thé sont présents mais non exacerbés.  Si je tire sur le fil par petits coups légers, le thé continue à exsuder un filet noirâtre régulièrement. Au goût, il est très agréable.

Que peut-on tirer de cette expérience ?

Le mouvement est nécessaire mais seulement au bon endroit et au bon moment. Une action n’est ni bonne ni mauvaise, elle est juste si elle est réalisée au bon moment et au bon endroit.

Comprendre les paradoxes de la vie avec les contes

La perfection existe t-elle ?

Février 2020, d’après un conte d’Henri Gougaud

Chaque jour, deux femmes allaient remplir un seau d’eau qu’elles transportaient le long d’un chemin pour le livrer aux habitants d’un village.

La première, fière, forte, portait son seau avec fermeté, et ne faisait tomber aucune goutte d’eau sur son chemin. 

La seconde, attentive à la nature, aux chants des oiseaux, aux arbres majestueux, aux plantes si gaies par l’annonce du printemps, perdait régulièrement un peu d’eau sur son chemin. A son arrivée, elle voyait son seau d’eau à moitié vide. Elle avait honte, elle s’estimait mauvaise, elle en souffrait. 

Un jour, elle décida d’en parler à un villageois. 

– Je suis désolée. Pardonnez moi. 

– Vous pardonner ? Pourquoi ?  Qu’avez-vous fait de mal ?

– Vous savez bien. Chaque jour, ma collègue et moi apportons l’eau que vous nous avez commandée. Ma collègue fait son devoir. Elle vous livre un seau rempli jusqu’à son bord. Moi non. J’aimerais être comme elle est: parfaite, fière, forte. Moi, j’arrive avec un seau à moitié vide. Vous devez m’en vouloir beaucoup.

– Oh non ! Au contraire ! Regardez sur le bord de votre chemin. Qu’est-ce que vous voyez ? Des fleurs partout. Elles sont superbes ! L’eau que vous perdez les arrose tous les jours. Elles vous remercient. Et moi aussi je vous remercie parce que chaque jour je peux offrir un beau bouquet à ma maison. Regardez sur le chemin de votre collègue. Certes, elle est parfaite en amenant un seau rempli d’eau jusqu’à rebord. Mais que voyez vous ? Poussière, cailloux. Chacun fait selon sa nature. Ne changez rien ! Et ne regrettez pas vos failles, voyez comme elles nourrissent la vie.

Tout est parfait. 

L'ergonomie et la psychologie au service du progrès humain au sein de nos entreprises, de nos hôpitaux, de nos administrations, de notre société

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Avril 2019

Lorsqu’ils se dotent de technologies plus innovantes les unes des autres, les hôpitaux, les entreprises, la société sont convaincus d’en tirer des bénéfices. Toute la société a fait le pari que l’Homme peut s’adapter à ces technologies et en tirer tous les avantages (Ellul, 1988) : grâce à la technologie, tous nos problèmes sont censés pouvoir être résolus. La technologie fait l’objet de mythes concernant sa capacité à résoudre des problèmes sociaux ou économiques (Scardigli, 1992) ou encore de « pensée magique » selon laquelle il suffirait d’acheter ou mettre à disposition une technologie pour que son adoption ainsi que les bénéfices attendus s’ensuivent de façon mécanique (Markus & Benjamin 1997). Se pose alors la question de savoir si ces technologies sont réellement efficaces et si elles permettent à elles seules de remplir les objectifs escomptés. 

Quand elles sont bien conçues et bien utilisées, la science et la technologie sont une avancée : elles facilitent bien des tâches. Elles nous permettent, à l’Homme, de nous dégager du temps sur des tâches « ingrates » pour nous consacrer à la création et à des tâches demandant réflexion et sagesse.

Mais il semble urgent de promouvoir un progrès humain aussi avancé que le progrès technologique. Les activités scientifiques doublent de volume tous les dix ans, alors que l’acquisition des connaissances des sciences humaines aurait un rythme quatre fois plus lent (selon la Fédération pour le Respect de l’Homme et de l’Humanité). Un supplément d’âme, une éthique, un mouvement de pensée devraient être intégrées à ces technologies. On ne régente pas tout avec une armée de comptables, avec des statistiques, des chiffres, des indicateurs, des diagrammes issus de calculs mathématiques savants et des technologies qui les sortent automatiquement. Les chiffres ne sont exacts qu’à la condition de bien savoir ce qu’ils contiennent. De plus, ils ne peuvent tout dire. Et puis, il est si facile d’orienter, de manipuler des chiffres. Il est si facile d’être partial, presque involontairement…

La froide et implacable intelligence technico-scientifique participe à la destruction du peu qui existe de l’humanité fragile et naissant, de poésie, et de générosité (A. Meglin). Il devient alors urgent de progresser humainement, de la même manière que nous progressons dans les technologies, voire davantage. 

Et puis, le progrès ne passe pas forcément par la technologie. Le progrès c’est aussi changer une organisation qui n’est plus adaptée aux objectifs que l’on s’est fixés. Le progrès c’est aussi avoir la capacité de changer ses habitudes, de se former, de grandir humainement. 

Il devient indispensable de considérer à la fois la technologie qui peut nous rendre bien des services et, à une place centrale, l’Homme, pour progresser. D’ailleurs, le modèle de Hisrich et Boštjan (2013), dans le domaine du management et de la gestion en entreprise montre l’importance des déterminants humains sur la performance de l’entreprise en terme de productivité et de croissance. Une démarche centrée sur l’Homme permet d’identifier ces déterminants et peut alors devenir un outil pour garantir la performance, la qualité en santé et en entreprise avec un peu plus d’humanité. 

Il devient indispensable que l’humanité formule un nouveau mode de pensée si elle veut survivre… ce qu’elle ne peut faire qu’en atteignant un plan plus élevé (A. Einstein).

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